Duolingo est-il efficace ? Ce que disent les études publiées

Par Agathe Morvan · Publié le

Table de cuisine en bois près d'une fenêtre donnant sur un jardin d'automne, avec un carnet ouvert, trois crayons, des tasses de café, des pommes et des feuilles mortes

Une série de jours ininterrompue, une chouette verte qui relance à l’heure du dîner, et au bout de six mois une question : est-ce que j’apprends vraiment, ou est-ce que je joue ? Duolingo est l’application de langues la plus utilisée, et sa version gratuite suffit à suivre un cours entier. Mais « efficace » ne veut rien dire tant qu’on n’a pas précisé pour quoi faire : lire un menu, comprendre une conversation, parler. Plutôt que les témoignages, nous avons lu les études publiées, celle que l’éditeur met en avant et celles de chercheurs indépendants. Voici ce qu’elles établissent, ce qu’elles ne disent pas, et comment utiliser l’application en conséquence.

Ce que mesure l’étude publiée par Duolingo

L’étude de référence de l’éditeur est un rapport de recherche publié par Duolingo en août 2020, signé par trois de ses chercheurs et par un linguiste de l’université de Northern Arizona. Il porte sur 225 apprenants résidant aux États-Unis, débutants en espagnol ou en français, qui n’utilisaient aucun autre moyen d’apprentissage et avaient terminé le niveau débutant du cours. Leur niveau a été mesuré par les tests de compréhension écrite et orale de l’ACTFL, l’organisme américain de référence pour l’enseignement des langues.

Résultat : en lecture, ces apprenants atteignent le niveau intermédiaire, comparable à celui d’étudiants américains au terme de quatre semestres de cours à l’université, pour environ la moitié du temps passé. En écoute, ils restent au niveau novice. L’expression orale et écrite n’a pas été évaluée.

Trois limites sautent aux yeux quand on lit le rapport en entier. Il est produit par l’éditeur de l’application. Il ne porte que sur des apprenants allés jusqu’au bout du niveau débutant, c’est-à-dire les plus persévérants. Et il ne dit rien de la capacité à tenir une conversation. Ce n’est pas une raison de l’écarter, mais c’est une raison de le lire comme ce qu’il est : une mesure favorable, sur un public favorable, des compétences les plus faciles à entraîner dans une application.

Ce qu’observent les chercheurs indépendants

La recherche indépendante est plus rare et porte sur de petits groupes. Une étude souvent citée, publiée en 2019 dans la revue ReCALL par une équipe menée par Shawn Loewen, de l’université d’État du Michigan, a suivi pendant un semestre neuf personnes apprenant le turc sur Duolingo. Les participants ont progressé, et les progrès étaient corrélés, modérément, au temps passé dans l’application. Ils appréciaient la souplesse et le côté ludique, mais leur motivation fluctuait et certains se disaient frustrés par les contenus.

Les auteurs rappellent aussi qu’avant eux, une étude commandée par Duolingo concluait favorablement, tandis que les rares travaux indépendants relevaient des difficultés de persévérance, de motivation et d’efficacité. Neuf participants ne permettent pas de généraliser, mais le constat rejoint le bon sens : l’application fait progresser ceux qui s’en servent longtemps, et c’est précisément la durée qui pose problème.

Ce qu’on peut en conclure pour votre usage

Duolingo est efficace pour ce qu’il entraîne : vocabulaire, structures de base, lecture de phrases simples, et surtout régularité. Il l’est beaucoup moins pour comprendre une langue parlée à vitesse normale et pour parler. Traitez-le comme une brique, pas comme un programme. Pour l’anglais, les ressources présentées dans notre comparatif des sites pour apprendre l’anglais gratuitement complètent précisément ses faiblesses : émissions de la BBC pour l’oreille, correction de textes pour l’écrit. Pour les autres langues et disciplines, notre sélection de sites pour apprendre gratuitement donne d’autres points d’appui.

Lire une étude d’efficacité sans se laisser impressionner

La méthode vaut pour toute application qui promet des résultats. Qui a financé l’étude ? Qui a été mesuré : tous les inscrits, ou seulement ceux qui sont allés au bout ? Quelle compétence a été testée, et par quel instrument ? Les résultats sont-ils publiés dans une revue à comité de lecture, ou seulement sur le site de l’éditeur ? Ce sont les questions d’un documentaliste face à n’importe quelle source, celles que nous détaillons dans notre méthode pour savoir si un site est fiable.

Le meilleur test reste le vôtre. Notez aujourd’hui votre niveau avec un test gratuit, reprenez-le dans trois mois, et comparez l’écoute à la lecture : si l’écart se creuse, c’est l’oreille qu’il faut nourrir, pas la série de jours.

Cet article a été rédigé avec l'aide d'une intelligence artificielle.
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